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La Luangwa à la saison des pluies

J’avais eu l’occasion par deux fois de découvrir cette magnifique vallée en 2009 puis en 2014 en saison sèche pendant les mois de septembre et d’octobre.
A cette époque de l’année, la Luangwa est réduite à une timide rivière perdue au milieu des bancs de sable.
En ce mois de mars, tout est différent, tout est vert, tout est en eau.
A mon arrivée au campement d’African Escapades au bord de la rivière, le niveau de l’eau était à environ 2 mètres en dessous du niveau des berges.
En 1 matinée, l’eau est montée très rapidement d’environ 40 cm puis plus lentement pour se stabiliser à moins d’un mètre du débordement.
De quoi se poser des questions sur la suite lorsque le ciel est chargé en nuages d’orages !

Le bassin de la Luangwa.

Pour comprendre les phénomènes observés, voici des éléments sur l’hydrographie de cette rivière.
Le cours de la Luangwa s’étale sur 806 Km avant de se jeter dans le Zambèze dont elle est un des principaux affluents.
Cette rivière prend sa source dans le Nord Est de la Zambie à une altitude d’environ 1500 mètres. En seulement 150 Km depuis sa source, elle a dévalé près de 700 mètres de dénivelé.
Aux environs de Mfuwe, l’altitude n’est plus que de 530 mètres et la plaine inondable s’étale sur près de 10 Km de large.
Ajoutez à cela un bassin versant de 145.700 Km2 et nous avons l’explication de ces montées de niveau rapides en cas de pluies abondantes.
Une fois passée cette montée rapide du niveau, la rivière atteint une cote à partir de laquelle elle se déverse dans les lagons et dans les bras morts tels que la Luangwa Wafwa. A partir de ce seuil, le niveau dans le lit principal monte moins vite.
Les variations brutales de débits des affluents de la Luangwa peuvent être spectaculaires comme celui de la Mushilashi River qui passe en une nuit d’une rivière à sec à un torrent tumultueux.

Ne pas quitter la piste.

En ce dernier mois de la saison des pluies, toutes les pistes du parc ne sont pas accessibles.
Les pistes principales, damées, remblayées et surélevées sont praticables, et encore certains passages sont risqués.
Les tentatives pour aller découvrir les plaines du Nord Est n’ont pas été fructueuses et se sont traduites par des enlisements.
Juste après des pluies abondantes, certaines pistes étaient transformées en torrents.

Le paradis des hippopotames.

En saison sèche, les hippopotames sont concentrés dans les rares points d’eau subsistants. En saison des pluies, ils disposent d’un espace de liberté immense.
Ils se dispersent et s’isolent dans des mares ou dans des lagons qu’ils quitteront dès que le niveau d’eau sera insuffisant pour eux.
Le temps souvent couvert, l’omniprésence de l’eau et la proximité de la nourriture les incitent à gagner la terre ferme à de nombreuses reprises au cours de la journée.

Les prédateurs du parc national de la South Luangwa.

Les lions ne sont pas à la fête lorsqu’il pleut et que les terres sont à moitié inondées.
Il est courant de les voir couchés sur la piste essayant d’être au minimum en contact avec le sol mouillé.
Durant les 15 jours passés dans le parc entre le 5 et le 20 mars, j’ai eu la chance d’observer à plusieurs reprises les grands prédateurs de la vallée, le lion, le léopard et le lycaon.
Pour les lions, ces observations concernent la famille de Garlic et Ginger deux lions de respectivement 8 et 10 ans, très connus dans le parc. Une des raisons de cette célébrité est que Ginger est pourvu d’une coloration particulière due à l’erythrisme (mutation génétique provoquant l’absence de pigmentation noire et ou l’excès de pigmentation rouge).
Les léopards, très présents dans la vallée se sont montrés à maintes reprises, branchés ou au sol, offrant des scènes de comportement (recherche de femelle, marquage de territoire).
Quand aux lycaons, j’ai eu la chance de croiser à 3 reprises une meute de 20 chiens très actifs.

Baby boom dans la vallée !

Cette période où la nourriture abonde, surtout pour les herbivores, est celle que choisissent bon nombre d’entres eux pour mettre bas. Du puku à l’éléphant en passant par les zèbres et les impalas, les plaines regorgent de jeunes mammifères.

Les mammifères au paradis.

Dans ces paysages humides et verts il fut étonnant de côtoyer des animaux d’un calme et d’une quiétude remarquable.
En dehors des grands koudous qui conservaient leur prudence coutumière, tous les autres herbivores étaient très sereins et ne s’écartaient de la piste qu’à regret pour laisser passer notre véhicule.

Les oiseaux de la South Luangwa.

On recense ici plus de 400 espèces d’oiseaux, certains sont migrateurs, d’autres sédentaires.
En saison sèche, les marabouts et pélicans s’offrent des festins de poissons dans l’eau prisonnière des lagons.
A la saison des pluies, tout est différent, les prairies provisoirement inondées accueillent, ibis, jabirus, aigrettes et oies de Gambie tandis que les ombrettes préfèrent arpenter les pistes en quête de batraciens. Les berges abruptes de la rivière sont noyées et inaccessibles aux guêpiers carmins qui y feront plus tard leurs nids.

Je quitte à regret ce bel écrin à la fois paradisiaque et sauvage. Je ne sais si j’y reviendrai un jour, mais je pars serein car les gardes du parc et l’ONG Conservation South Luangwa veille sur cette faune fabuleuse. J’emporte avec moi le souvenir des nuits passées au bord de la Luangwa où mon sommeil fut bercé par les cris des hyènes et des galagos, le rugissement des lions et le chant du grand duc africain.

D.M.

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